Le cimetière de Zhalan
Considéré comme le plus ancien cimetière chrétien de Pékin, le site de Zhalan, situé à l’Ouest de la ville, a été donné aux jésuites par l’empereur Wanli en 1610, à l’occasion du décès du célèbre missionnaire Matteo Ricci (décédé le 11 mai 1610). Ce prêtre et missionnaire jésuite italien, ambassadeur pour les Portugais auprès de Wanli à partir de 1601, fonda réellement l’Eglise chinoise, fit édifier en 1905 le Nan Tang -l’église du Sud-, aujourd’hui le siège de l’évêché de Pékin, et inspira la création du Grand Ricci, le plus grand dictionnaire du chinois vers une langue occidentale. Il fut ainsi le premier individu à être inhumé à Zhalan. Par la suite, le terrain fut étendu à l’Ouest, sur une requête du missionnaire Adam Schall accordée par l’empereur Shunzhi en 1654.
Le cimetière fut détruit à deux reprises : en 1900, lors de la révolte des Boxers (1899-1901), après laquelle une église fut construite au Sud du terrain lors de la restauration du cimetière, et en 1954, lorsqu’il devint une école du Parti Communiste chinois. Plus de huit-cent trente pierres furent alors transférées sur le site de Si Pei Wang, aujourd’hui disparu.
Les pierres restantes de Zhalan faillirent disparaître à jamais en 1966,
lorsque des gardes rouges, au cours de la Révolution Culturelle, vinrent pour les détruire. Cependant, des membres du Collège auraient réussi à les convaincre que les enterrer constituait un moyen plus efficace d’en effacer toute trace, ce qu’ils auraient alors fait, aidant ainsi, à leur insu, à préserver les stèles. En 1979, l’église ainsi que plusieurs pierres tombales furent restaurées, notamment celles de Ricci et de Schall, sur l’ordre du Parti Communiste. Un cimetière de tombes vides fut recréé, agrandi en 1984.
Aujourd’hui, Zhalan, situé sur le campus du Collège Administratif de Pékin, l’ « Ecole du Parti », comporte 63 pierres tombales, dont celles de neuf missionnaires français décédés entre 1701 et 1723 : Charles Dolze, Louis Pernon, Pierre Frapperie, Jean-Charles de Broissia, Guillaume Bonjour Fabre, Bernard Rhodes, Jacques Brocard, Pierre Jartoux et Pierre Vincent de Tartre.
Le cimetière de Zheng Fusi
En 1732, les jésuites français de Pékin, désirant se démarquer des autres missionnaires travaillant sous l’égide du Portugal, créèrent le cimetière de
Zheng Fusi. Situé à l’Ouest de la capitale chinoise, ce site de la mission française fut ensuite repris par les lazaristes, l’ordre des jésuites ayant été supprimé par le pape en 1773. Confisqué et abandonné en 1838, il leur fut restitué en 1860. La même année, l’on y dressa un cénotaphe pour les soldats français morts lors de la Seconde Guerre de l’opium (1860).
Saccagé en 1900 lors de la révolte des Boxers, le site fut restauré en 1906 et l’on transféra les sépultures non militaires au cimetière de Si Pei Wang, au Nord-Ouest du Palais d’Eté, alors que le cénotaphe et les tombes militaires allèrent au Pei Tang.
La chapelle de Zheng Fusi fut détruite en 1976 et la population locale s’est progressivement réapproprié l’espace, construisant des habitations sur les vestiges, utilisant parfois les stèles funéraires pour cela. Cependant, une quarantaine de pierres tombales de missionnaires aussi bien jésuites que
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- Wutasi, « Temple des Cinq Pagodes » (photographie : Compagnie de Jésus)
lazaristes furent préservées et transférées en 1990 au temple bouddhiste Wutasi, le « Temple des Cinq Pagodes ».
Depuis peu, autour de ce temple a été créé le Musée des pierres gravées de Pékin. Ce musée en plein air présente plus de cinq-cents pierres, dont trente-six pierres tombales chrétiennes, parmi lesquelles figurent notamment celles de Joachim Bouvet (1656-1730), Dominique Perrenin (1665-1741) et François-Xavier Dentrecolles (1664-1741), des missionnaires et scientifiques français de renom envoyés à la Cour de l’empereur de Chine Kang Xi en 1687 et 1693 par Louis XIV, ou encore le célèbre missionnaire jésuite Jean-Marie Amiot (1718-1795), prêtre mais également astronome et historien français, notamment chargé de la formation de scientifiques chinois. Le musée, qui présente nombre d’autres
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- Wutasi, stèles des jésuites
trésors relatifs à diverses religions, cultures et dynasties, est désormais ouvert au public.
Quant au cimetière de Zheng Fusi, lorsque Marie-Josephe Ghislain, parente du lazariste Jean-Joseph Ghislain (décédé en 1812), s’est rendue sur place en 1999, il en restait encore des traces, notamment des stèles enfouies.
Malheureusement, le site a depuis été transformé ; il s’agit désormais d’un terrain de golf. En Chine, lorsque l’espace d’anciens lieux de sépultures est réutilisé, c’est généralement sous forme de parcs, parfois de golfs, mais l’on évite de reconstruire des habitations ou des immeubles dessus, à cause du Feng Shui et de la crainte des esprits des morts. Ici, le cimetière, la chapelle et les stèles ont disparu. Un seul ancien bâtiment subsiste, utilisé comme petite église catholique, seul vestige rappelant le passé du lieu.
Les cimetières de Pei Tang et Si Pei Wang
D’autres lieux de sépultures françaises ont existé à Pékin, des lieux dont il ne reste quasiment plus rien. C’est le cas des cimetières de Pei Tang et de Si Pei Wang. En 1901, les dépouilles des soldats et des volontaires tués durant les « 55 jours de Pékin », le siège des légations étrangères présentes dans la ville commencé le 20 juin 1900 dans le cadre de la révolte des Boxers (1899-1901), furent exhumées et transportées dans le cimetière de Pei Tang (voir le document ci-contre), pour y être inhumées à nouveau. Parmi les victimes françaises, figuraient plusieurs matelots des navires Le Descartes et Le d’Entrecasteaux, ainsi que l’attaché aux Douanes Impériales chinoises Edouard
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- Translation au cimetière de Pe-Tang des restes des victimes françaises du siège des légations
Casimir Albert Wagner et l’interprète à la Compagnie franco-belge du chemin de fer de Pékin à Hankéou André Louis Gruintgens.
Situé au Nord-Ouest de la ville impériale, le cimetière de Pei Tang aurait été fondé en 1693, puis vendu à un prince en 1826, avant de tomber en ruines pour être reconstruit et rouvert à la fin du XIXe siècle. En 1906, l’on y transféra le cénotaphe et les tombes militaires du cimetière de Zheng Fusi.
Près d’un demi-siècle plus tard, en 1952, le Pei Tang fut désaffecté et transféré sur le site de Xi Jing Yuan. Quant au cimetière de Si Pei Wang, l’on sait simplement qu’il était jadis situé au Nord-Ouest du Palais d’Eté, que les sépultures non militaires de Zheng Fusi y furent transférées en 1906, tout comme un grand nombre de stèles de Zhalan dans les années 1950. Aujourd’hui, ce site a totalement disparu, il n’en reste plus trace.
Le cimetière de Xi Jing Yuan
Le cimetière civil actuel de la communauté française de Pékin est celui de Xi Jing Yuan, le cimetière des « Sept Arbres », consacré aux Etrangers de la cité. Localisé à l’Est de Pékin, entre les quatrième et cinquième périphériques, il fut vandalisé durant la Révolution Culturelle, les tombes militaires qui y avaient été transférées de Pei Tang en 1952 furent détruites et les signes religieux enlevés.
Actuellement, il regroupe quinze tombes françaises ainsi qu’une urne funéraire. Cela concerne François Lanoe (1885-1961), Louise Nan née Preaux (1906-1958) et son époux, Hélène Quilichini (1940-1958), probablement parente de l’ancien employé consulaire du même nom, Jeanne Julie Lebreton née Bourgaisse (1884-1957), Léon Marius Maille (1870-1950).
Il y a également les stèles de Jeannine Ho (1936-1949), Paul Pascal Cros (1876-1948), Lucien Joseph Bernard Sans (1880-1944), Michel Arnoult (1944-1948) et Ernest Arnoult (1878-1941), probablement parents. Parmi les pierres les plus anciennes figurent celles de la famille Amouroux, avec Joseph (1878-1937), son épouse Hélène, née Teng (1882-1935), leur fille Marguerite, décédée à l’âge de quatre mois (1916-1917) et sa grand-mère Rosa Teng (décédée le 4 octobre 1921 à l’âge de 58 ans), ainsi que celle d’Anne-Marie de Boisseson (enfant décédée le 2 août 1942), fille du diplomate français Robert de Boisseson qui fut en poste à Pékin à partir de 1939. Enfin, le dernier français inhumé à Xi Jing Yuan fut Marcel Roux (9 avril 1950-14 juin 2006), qui fut chef de mission de la section France de Médecins Sans Frontières à Pékin de 1995 à 1999, et qui fonda l’association Datong en 1999 afin d’aider les orphelins très pauvres des provinces chinoises de Hubei, Gansu et Shaanxi. Cette association a depuis été renommée « Madaifu », faisant référence au nom chinois de Marcel Roux (« Ma » pour « Marcel », « daifu » pour « docteur »).
C’est l’État français qui prend en charge les frais annuels de concession et d’entretien de Xi Jing Yuan. Chaque année, à l’occasion du Jour des Défunts, le lendemain de la Toussaint, des membres de l’Ambassade et de la communauté française se rendent sur le site pour une cérémonie du souvenir, fleurissant les stèles restantes, afin de ne pas laisser ces personnes tomber dans l’oubli.
Sources : Archives de l’Ambassade de France en Chine ; CRIVELLER (Gianni), MAHEU (Betty Ann), « A Tale of two cemeteries in China » (article en ligne) ; GLUCKMAN (Ron), « In Memoriam. Beijing tombstones mark early Jesuits’impact on China » (article en ligne) ; LUCBERT (Manuel), « Le Cimetière des Etrangers à Pékin », Le Monde, 4 novembre 1982 ; MEYNARD (Thierry), « Dans l’attente de la résurrection » (article en ligne) ; POUSSIELGUE (M.A.), « Relation de voyage de Shang-Haï à Moscou, par Pékin, la Mongolie et la Russie asiatique, rédigée d’après les notes de M. de Bourboulon, ministre de la France en Chine, et de Mme de Bourboulon », Le Tour du monde, 1859-1862 ; L’Illustration, n°3039, 25 mai 1901 ; Beijing Administrative College ; Compagnie de Jésus ; Holy Spirit Study Centre ; Union of Catholic Asian News.



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