Discours de Nicolas Sarkozy au Parlement Européen

Allocution prononcée le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg à l’occasion de la fin de la présidence française de l’Union Européenne.

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Discours de Nicolas Sarkozy au Parlement Européen

Paru le : 8 janvier 2009
Allocution prononcée le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg à l’occasion de la fin de la présidence française de l’Union Européenne.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires européens,

Lorsque la France a commencé à exercer sa Présidence, la situation en Europe était marquée par l’interruption du processus de ratification du Traité de Lisbonne à la suite du vote de nos amis irlandais rejetant ledit traité. On n’imaginait pas à l’époque qu’une guerre éclaterait entre la Géorgie et la Russie et on n’imaginait pas non plus la violence de la crise financière, d’abord, de la crise économique ensuite, que l’Europe aurait à affronter. La Présidence française, Monsieur le Président, a essayé d’organiser toute son action autour de deux convictions : le monde a besoin d’une Europe forte, première conviction, deuxième conviction : il ne peut pas y avoir d’Europe forte si l’Europe est désunie. Naturellement, j’imagine que ces idées ne sont pas originales, elles n’en sont pas moins nécessaires. Nous avons essayé de faire en sorte tout au long de ces six mois que l’Europe soit unie et que l’Europe soit forte, qu’elle pense par elle-même. Qu’est-ce qu’une Europe forte ? C’est une Europe qui pense, qui a des convictions, qui a ses réponses, qui imagine. C’est une Europe qui ne se contente pas de suivre. C’est une Europe qui refuse un consensus fondé uniquement sur le non-dit, sur l’évacuation des problèmes, sur le temps censé tout arranger alors que ma conviction, c’est que plus on attend, plus on complique. Et, finalement, cette Présidence s’est déroulée au rythme d’événements internationaux qui ont bouleversé l’organisation de nos travaux. Ce n’est certainement pas à moi de faire un bilan. Je voudrais simplement vous dire comment nous avons affronté ces différentes épreuves. Quand, au mois d’août, s’est présenté, le 8 août, la crise géorgienne, nous avons eu à l’esprit une obsession : arrêter la guerre et ne pas tomber dans ce qui s’était passé au moment de la Bosnie.

Franchement, sans porter de jugement cruel, quand le conflit s’est déroulé en Bosnie, nous sommes en Europe, et l’Europe a été absente et ce sont les Etats-Unis d’Amérique, nos alliés, nos amis qui ont pris leurs responsabilités et l’Europe qui a dû suivre. L’obsession qui a été celle de la Présidence, c’est que l’Europe prenne ses responsabilités. Et, en ce mois d’août, nous avons d’abord négocié le cessez- le-feu, le 12 août, puis un accord de retrait le 12 septembre. Finalement, la guerre fut évitée. Le retrait fut engagé et par-dessus tout, et hommage en soit rendu à tous les pays membres de l’Union, l’Europe est restée unie. Ce n’était pas si évident car compte-tenu de l’histoire de nos différents pays, une histoire douloureuse pour ceux des Européens qui ont vécu tant de décennies derrière le rideau de fer.

Dans une Europe humiliée, dans une Europe divisée, dans une Europe martyrisée, il est normal que certains pays aient une sensibilité à l’endroit de nos voisins russes différente de ceux qui n’ont connu que la liberté. Malgré cela, l’Europe est restée unie. La Présidence, avec le Président de la Commission européenne, a tout fait pour éviter l’engrenage de la guerre. Le 8 août, les forces russes étaient à 40 kms de Tbilissi. Aujourd’hui, la quasi-totalité des forces russes ont évacué le territoire de la Géorgie hors Ossétie et Abkhazie. L’Europe a répondu présente sans pour autant s’engager dans une politique agressive à l’endroit de nos voisins russes. Ma conviction, c’est que nous n’avons pas d’avenir autre que de trouver avec nos voisins les conditions du développement économique, de la sécurité et de la paix en leur expliquant que s’ils veulent compter dans le monde et la Russie est un grand pays, ils doivent respecter des valeurs, des pratiques et des comportements qui ne doivent plus être ceux qui étaient les leurs à une autre époque en Europe.

Mais l’Europe a existé. Puis est arrivée la crise financière. La crise financière n’est pas née au mois d’août 2007, comme je l’entends dire parfois. Au mois d’août 2007, c’était le début des ennuis. Mais la crise financière systémique que nous avons connue dans le monde a commencé lorsque les Américains ont pris la décision, qui s’est avérée gravissime d’accepter la faillite de Lehman Brothers, le 18 septembre 2008.

C’est à partir de ce moment-là, et de ce moment-là seulement, que nous sommes rentrés dans une crise financière d’une ampleur inédite dans le monde.

Nous avons essayé avec le Président BARROSO d’obtenir deux choses. La première, l’unité de l’Europe, que nous avons construite progressivement, d’abord en réunissant les quatre plus grands pays d’Europe avec la Commission, avec la Banque Centrale, avec le président de l’Eurogroupe. Ensuite, en réunissant, pour la première fois depuis 2000, les pays de l’Eurogroupe au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement.

Enfin, en réunissant, au mois de septembre, l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement, nous avons obtenu un plan de redressement des banques européennes porté par tous les Etats d’Europe avec les difficultés que l’on connaît, puisque la violence de la crise avait conduit certains pays à prendre des décisions anticipées. Sans doute, d’ailleurs, ne pouvaient-ils faire autrement. Je pense à nos amis irlandais submergés par des attaques contre l’ensemble de leur système bancaire. A l’arrivée, un mois après, toute l’Europe était réunie autour du même plan de soutien aux banques. Nous avons essayé avec le Président BARROSO de faire en sorte que ce plan européen de soutien pour éviter l’explosion de notre système bancaire devienne le plan mondial. Alors que les Américains passaient du plan Paulson 1, au plan Paulson 2 pour arriver au plan Paulson 3, qui n’est rien d’autre que l’inspiration du plan européen 1.


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