Discours de Monsieur Jacques Chirac

devant l’Institut des Hautes Etudes diplomatiques de Pékin (Mercredi 29 avril 2009)

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Discours de Monsieur Jacques Chirac

Paru le : 29 avril 2009
devant l’Institut des Hautes Etudes diplomatiques de Pékin (Mercredi 29 avril 2009)

Monsieur le Président de l’Institut des Affaires étrangères du Peuple chinois,
Monsieur le Président de l’Institut des hautes études diplomatiques,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Merci Monsieur le Président pour votre accueil si chaleureux. Je suis particulièrement heureux d’être reçu ici, à l’Institut des hautes études diplomatiques de Pékin. Vous savez que c’est un ami que vous recevez. Un ami de l’Institut. Un ami de la Chine aussi pour qui je nourris, vous le savez, respect et admiration.

Je suis à la fois touché et honoré que votre Institut, qui forme année après année le meilleur de la diplomatie chinoise, ait souhaité me remettre ce diplôme de Docteur Honoris Causa. J’y vois une marque d’affection. Elle me va droit au cœur. Et du fond du cœur, je vous en remercie.

La crise que nous traversons aujourd’hui constitue un moment unique. Un moment où tout peut basculer. Un de ces moments qui donnent tout leur sens à l’action politique et à l’engagement collectif.

Cette crise a des racines profondes. Depuis des années nous en sentions monter les signaux précurseurs. Avec d’autres, j’avais, depuis longtemps, souligné et dénoncé les risques et les fragilités d’un système financier qui privilégie le court terme au détriment de l’investissement productif. Un système qui incite à la spéculation. Un système qui tolère et récompense les comportements irresponsables, voire criminels.

Le monde en paie aujourd’hui le prix, un prix d’autant plus lourd que les premières victimes sont, comme d’habitude, les populations les plus fragiles et les plus démunies.

Alors non, cette crise n’est pas uniquement économique et financière. Il s’agit d’une crise globale qui nous place brutalement face aux conséquences de nos actes. Une crise qui en contient et en engendre d’autres. Une crise qui souligne l’oubli coupable de ce qui cimente la communauté des hommes : le sens de la transmission, le sens de la solidarité, le devoir à l’égard des générations futures. Car c’est à elles, car c’est à vous, jeunes diplomates, qu’incombera demain la responsabilité de conduire les affaires de votre pays et, avec elles, une grande part des affaires du monde.

La Chine, aujourd’hui, retrouve sa place historique sur la scène internationale. Une place au premier rang des nations, une place qui lui confère des responsabilités nouvelles à un moment critique.

Le monde a besoin de la Chine. Le monde a besoin de sa sagesse. Il a besoin de son engagement. Il a besoin de l’affirmation sereine et constructive de son rôle dans la communauté des nations.

Car la Chine incarne depuis toujours une puissance d’équilibre, fondée sur un rapport au temps qui privilégie l’action et la pensée à long terme ; un rapport au temps qui devrait nous inspirer et nous guider dans la reconstruction du système international.


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