Alain Sarfati, architecte de la nouvelle Ambassade, répond au journal Wanbao

Réponse à quelques questions sur l’architecture, la technique, la France et la dimension emblématique d’une nouvelle réalisation

Article

Alain Sarfati, architecte de la nouvelle Ambassade, répond au journal Wanbao

Paru le : 10 juin 2009 / Dernière mise à jour : 11 juin 2009

Réponse à quelques questions sur l’architecture, la technique, la France et la dimension emblématique d’une nouvelle réalisation

Une ambassade est un programme très particulier, il s’agit d’un bâtiment accueillant et donc ouvert mais néanmoins une construction qui doit permettre l’intimité d’une concertation, nous avons une contradiction à gérer. De même que la question de l’insertion urbaine peut aller à l’encontre de celle de la représentativité, d’une image indépendante de tout rapport à un contexte. Le nouveau bâtiment représente-t-il l’architecture française, est-il définitivement moderne, sous-entendu high-tech ? A ces questions, nous allons tenter de répondre.

 Architecture et technique

Nous commencerons par évacuer l’idée que ce qui est moderne est nécessairement technique. Il ne s’agit pas d’une démonstration des savoir-faire techniques de la France. En effet, les techniques évoluent si vite aujourd’hui que si nous avions misé sur cette seule dimension, la construction serait vite dépassée. Nous pensons que la modernité est aujourd’hui beaucoup plus en rapport avec l’urbanité, la pérennité, dans la vision poétique que l’on offre, dans le plaisir à vivre à l’intérieur, que l’on peut faire partager.

La modernité est dans un autre rapport avec la nature, l’environnement et ces aspects sont particulièrement présents dans la conception. Ainsi, la conception s’appuie sur toutes les techniques les plus performantes utilisées aujourd’hui, sur toutes les réflexions sur les économies d’énergie, sur les matériaux naturels disponibles mais jamais nous ne penserons que l’architecture se limite à des choix techniques.

Sur un socle régulier et massif en béton se développe légèrement un voile d’aluminium de verre et d’acier. Un côté brut géométrique, l’autre ondulant vibre sous le soleil. La modernité du projet est dans cette tension, dans le fait que le projet s’inscrit spécialement à cet angle là, en limite de ces rues là, et ne peut pas être déplacé.

C’est le soleil et l’orientation qui guident les choix esthétiques, une lumière, un ciel qui sont bien particuliers à Pékin, les types de percements, les attitudes environnementales en découlant.

Il ne s’agit donc pas d’un bâtiment high-tech mais d’une construction dont la technique est au service de l’usager, de la dimension urbaine. Ce qui est recherché, c’est l’élégance, la légèreté et là nous touchons à la deuxième série de questions, en quoi ce bâtiment est-il français ?

 Architecture et références

Il est vrai que si la France se limitait à la tour Eiffel il faudrait inventer Versailles et le Mont St Michel. Mais nous les avons, alors l’Ambassade est un peu de chaque. Du Mont St Michel, le contraste entre l’intérieur et l’extérieur, de Versailles le pavillon français ou Trianon, et la tour Eiffel ? Pour le geste, rien d’ostentatoire, mais nous voulons croire que la France restera le pays de l’élégance, du panache, de la gastronomie, de la nuance, de l’équilibre.

En décrivant la France, nous nous rapprochons de la Chine, car à l’instar de plus belles résidences, des grands temples, que ce soit celui du Ciel ou de la Terre, le soubassement, le rapport au sol comme l’attention à la ligne du ciel sont très forts et en cela le projet est très probablement imprégné de culture chinoise ; comme vont l’être les salons de réception, décalés par rapport à l’axe de l’entrée, avec les différents accès, le jardin, la coursive, les salons. Gageons qu’une porte restera toujours fermée…celle du milieu.

Le projet est constitué de trois corps de bâtiments distincts, la résidence, la Chancellerie, les services. Ces trois bâtiments enserrent un élément important qui est le jardin, lui même s’organise autour d’une pelouse centrale pour permettre les grandes réceptions, de part et d’autre deux allées d’arbres évoquent les allées des grands jardins des Tuileries, le Cours la Reine à Paris, il y a peut être aussi une réminiscence du Palais Royal. Autant de références qui devraient nous assurer de ce que la France est bien présente dans ses murs et bien à Pékin.

Aujourd’hui, l’architecture est une attitude, une démarche qui met en rapport l’histoire, la tradition, une culture et une vision de l’avenir, une nouvelle modernité.

ALAIN SARFATI

< Art. précédent |

 Réagir à cet article Cet article en RSS Cet article en RSS Version imprimable Version imprimable
Visites : 3019

Dans le même dossier

Plus d'articles...

Images de synthèse par Alain SARFATI

Paru le : 23 avril 2009


Liens externes
  • MonConsulat.fr
  • France.fr
  • Présidence française du G20
  • AFE - Assemblée des Français de l'étranger
  • FLAM Pékin
  • Votez à l'étranger en 2012 !
  • Maison des Français de l'Étranger
  • Présidence de la république
  • Premier ministre
  • Ministère des affaires étrangères
  • Délégation de l'Union européenne
Auteur